Thèse de doctorat (2012)
Résumé
La mondialisation a réorganisé l'activité productive sur notre planète. Alors que les pays industrialisés étaient initialement le centre de l'activité manufacturière, ils ont perdu leur position auprès de pays émergents qui offrent des coûts de production moins élevés. Compte tenu de la quantité apparemment inépuisable de main-d'œuvre bon marché disponible à l'échelle mondiale, ce déplacement progressif des opérations de production ne semble pas avoir de fin en vue. Faisant face à ce sombre tableau de la situation économique, l'innovation technologique est considérée comme la panacée pour résoudre le problème de la croissance de la productivité et de la baisse du niveau de vie dans les économies avancées. Quelques mots de mise en garde doivent être dits contre de tels vœux pieux. Toutes les innovations technologiques n'ont pas le même impact économique et les récentes avancées technologiques ne semblent pas avoir le même impact que des innovations majeures du 19e siècle. De ce point de vue, le fait de ne pas contrôler le processus de production et de commercialisation des innovations qui ont une portée économique plus large semble être un obstacle pour ceux qui prêchent l'innovation comme une solution au problème de la stagnation économique. Du point de vue des cycles économiques, la croissance économique est enracinée dans la production d'innovations de bases. Ces percées servent de base à des inventions ultérieures dans une multitude de disciplines technologiques. Pourtant, malgré leur immense importance d'un point de vue social, on en sait peu sur les conditions qui conduisent à leur création et des bénéfices privés qu'elles engendrent pour les innovateurs. En ce qui concerne la question de la création d'innovations de base, l'importance de l'exploration technologique par rapport à l'exploitation est une source de débat. Les entreprises devraient-elles concentrer leurs efforts de recherche à un ensemble restreint de disciplines ou doivent-elles combiner des technologies distantes? En ce qui concerne la question sur les rendements privés sur l'innovation de base, le rôle des institutions publiques en tant que producteurs d'innovations de base est également un sujet controversé. L'objectif principal de cette thèse est de répondre à ces questions en identifiant 1) les conditions dans lesquelles la recombinaison de technologies distantes conduit à la propagation de l'invention résultante dans une multitude de disciplines, et 2) la manière dont les secteurs public et privé valorisent des innovations de base. Pour répondre à ces questions, des analyses économétriques d'un échantillon de brevets canadiens dans l'industrie de la nanotechnologie sont effectuées. En ce qui concerne la première question, les résultats montrent que la recombinaison distante conduit généralement à des innovations de base. Toutefois, un ensemble de modérateurs ont un impact sur la recombinaison distante. Alors que les organisations privées sont moins susceptibles de produire des innovations de base, leur effort pour combiner des technologies distantes est plus susceptible de produire des innovations de base. En outre, des liens forts avec les sciences fondamentales ont un effet négatif sur la recombinaison distante. En ce qui concerne la deuxième question de recherche, les résultats montrent que les innovations de base sont généralement associées à une perception des rendements privés plus importants sous conditions de dynamisme industriel et de régimes d'appropriation forts. Toutefois, en ce qui concerne les secteurs public et privé, les perceptions dépendent de la diffusion actuelle d'une technologie ainsi que sa diffusion future perçue. Les entreprises privées perçoivent des rendements plus élevés sur les inventions qui se sont déjà propagées dans plusieurs disciplines, tandis que celles qui seront propagées dans l'avenir sont perçues comme étant moins précieuses.
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