Mémoire de maîtrise (2024)
Résumé
Les troubles neurologiques, tout comme les lésions traumatiques de la moelle épinière, causent des symptômes et déficits variés, réduisant gravement la qualité de vie des personnes touchées. Lorsque la médication ou les thérapies conventionnelles ne suffisent pas à restaurer les fonctions perdues, la neurostimulation peut être utilisée. La neurostimulation consiste à moduler l’activité du système nerveux en délivrant des impulsions électriques ciblées. En fonction du type d’intervention, le cerveau, la moelle épinière ou les nerfs peuvent être ciblés. Pour qu’une thérapie de neurostimulation soit efficace, une multitude de paramètres doivent être adéquatement réglés pour chaque patient. Ceci inclut, par exemple, le site, l’intensité ainsi que la fréquence de stimulation. L’espace de toutes les combinaisons de paramètre possibles peut rapidement atteindre les milliers, voire même les millions. Il est ainsi impossible de tester toutes les combinaisons. La programmation des dispositifs de stimulation se fait souvent par une méthode d’essais et erreurs qui peut s’étendre sur plusieurs visites cliniques. Durant ce temps, les symptômes peuvent être encore présents, tout comme des effets indésirables. En raison de la complexité de la tâche de programmation, des configurations sous-optimales peuvent aussi être adoptées. L’utilisation de solutions automatiques et intelligentes pour la programmation d’interventions basées sur la neurostimulation est nécessaire, d’autant plus que la configuration optimale peut être sujette à des changements au cours du temps. Ces changements peuvent être causés par une progression de la maladie ou la neuroplasticité. De plus, un niveau élevé de bruit affecte habituellement la métrique utilisée pour mesurer l’efficacité de la stimulation, ce qui ajoute une difficulté supplémentaire. L’optimisation bayésienne (OB) a été proposée pour surmonter ce défi et soutenir les experts dans la programmation des systèmes de neurostimulation. L’OB est une méthode de recherche séquentielle déjà utilisée dans plusieurs domaines pour l’optimisation de fonctions “boîte noire”. Elle fonctionne en combinant une modélisation efficace de la fonction objectif avec des décisions éclairées sur le choix de la prochaine configuration à tester, basées sur les observations passées. La fonction objectif est la relation entre les paramètres de stimulation et l’efficacité de la stimulation, évaluée avec un biomarqueur pertinent. Sans connaissances préalables sur la tâche d’optimisation, l’OB permet de trouver une solution efficace en minimisant le nombre de tests. Or, pour certaines applications, les experts en neurostimulation ont des hypothèses préalables quant à la meilleure combinaison de paramètres à utiliser. Cette information peut provenir de données de groupe, de simulations, mais également de l’expérience personnelle de avec d’autres patients. Lorsque la configuration prévue comme la meilleure est proche de la vraie combinaison optimale, l’intégration de cette connaissance dans l’OB a le potentiel d’accélérer grandement l’optimisation. Dans sa forme traditionnelle, la capacité de l’OB à tirer avantage d’un a priori de la sorte est limitée. Une façon simple d’y arriver consiste à initialiser la recherche en testant d’abord la configuration prévue comme la meilleure. Or, la capacité de cette initialisation à tirer avantage d’un bon a priori est limitée comparée à d’autres méthodes récemment développées. Une de ces méthodes consiste à multiplier élément-par-élément l’a priori défini sur l’espace de recherche avec la fonction d’acquisition. La fonction d’acquisition est utilisée pour sélectionner le prochain point à tester. Cette approche peut ainsi être vue comme l’intégration d’une région d’intérêt dans la recherche. L’a priori peut être formalisé en utilisant une distribution gaussienne multivariée, centrée au point prévu comme étant le meilleur. Cette technique a plusieurs avantages, dont un coût computationnel peu élevé et peut être implémentée avec la plupart des fonctions d’acquisition couramment utilisées. Elle permet aussi de tirer avantage de bons a priori. Or, elle n’est pas robuste lorsque la configuration prévue comme étant la meilleure est située loin de la configuration optimale. Ceci affecte grandement sa performance. Ce comportement n’est pas souhaitable, considérant qu’il n’y a aucune garantie que l’hypothèse de l’expert soit toujours exacte. L’objectif de ce projet était de développer une méthode permettant d’intégrer un a priori portant sur l’optimum dans l’OB pour accélérer l’optimisation de la neurostimulation avec de bons a priori, tout en demeurant robuste à des a priori erronés. Pour ce faire, nous proposons α-πBO, une méthode innovante de modulation de la fonction d’acquisition par un a priori ayant un poids fixe. La méthode comporte un seul hyperparamètre, α, dont la valeur contrôle l’influence de l’a priori. À chaque étape d’optimisation, la fonction d’acquisition peut être réduite, au maximum, de α% par l’a priori. La performance de l’approche proposée a été évaluée de façon approfondie avec différentes qualités d’a priori en utilisant des fonctions synthétiques ainsi que des tâches d’optimisation avec des données réelles. Par rapport à des algorithmes de référence, α-πBO a obtenu la meilleure performance. La méthode a permis de tirer avantage d’un bon a priori de façon plus efficace que la simple initialisation tout en étant robuste à des a priori erronés. Dans ce dernier cas, α-πBO converge à un niveau de performance similaire à l’OB sans a priori. De plus, la méthode proposée s’est montrée robuste à des a priori situés à des maximums locaux. Elle permet également d’améliorer la performance d’optimisation même lorsqu’un a priori est disponible uniquement pour un sous-ensemble de paramètres. Il est aussi important de mentionner que la méthode est performante même avec la valeur de défaut pour son hyperparamètre α. Une validation a également été réalisée avec une tâche d’optimisation hors-ligne où l’objectif était d’identifier l’électrode optimale pour évoquer une contraction musculaire parmi une grille de 96 électrodes intra-corticales. L’approche développée a le potentiel de promouvoir l’utilisation de l’OB pour la programmation des neurostimulations et d’accélérer le développement d’interventions personnalisées. La prochaine étape est d’utiliser α-πBO pour réaliser une programmation de paramètres de neurostimulation en temps réel in vivo.
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