Thèse de doctorat (2015)
Résumé
Dans l'industrie, de nombreux procédés nécessitent le contact entre une phase gazeuse et une phase liquide, avec ou sans solide en suspension, et ce afin de donner lieu à une grande variété de réactions chimiques. Bien que de nombreux types de réacteurs peuvent être utilisés à cet effet, au cours de la dernière décennie les réacteurs à colonne à bulles ont reçu une attention particulière car ils offrent certains avantages uniques tels que la facilité d'utilisation, des taux élevés de transfert de masse et de chaleur, et des frais d'entretien réduits en raison de l'absence de pièces mécaniques en mouvement. La conception et la mise à l'échelle d'une colonne à bulles nécessitent une compréhension complète de son hydrodynamique complexe. Ce dernier dépend des propriétés physiques des phases liquides et gazeuses, des conditions d'opération, et des paramètres de conception. A l'heure actuelle, du au manque de connaissance de ces systèmes, la conception des colonnes à bulles nécessite généralement des études expérimentales à différentes échelles (laboratoire, pilote, etc.), ce qui est coûteux en capital et en temps. Au cours des dernières années, les liquides et les solutions aqueuses en suspension utilisées dans les colonnes à bulles sont visqueuses et présentent habituellement, aux conditions opératoires utilisées, des comportements non newtoniens complexes. De plus, dans les colonnes à bulles utilisant des liquides non-newtoniens, non seulement la viscosité du liquide est habituellement variable selon les conditions d'écoulement, mais également leurs éventuelles propriétés élastiques. Pour cette variété de liquides non-newtoniens possédant des propriétés élastiques, ces dernières sont susceptibles d'affecter et de modifier fortement les comportements des bulles. En dépit de la demande croissante d'utilisation de fluides non newtoniens dans les réacteurs à colonnes à bulles, notre compréhension actuelle des effets des propriétés non-newtoniennes sur différents aspects hydrodynamiques des colonnes à bulles est loin d'être complète. Parmi les quelques études réalisées sur l'effet des propriétés rhéologiques de la phase liquide dans les colonnes de bulles, l'influence de l'élasticité du liquide sur les paramètres hydrodynamiques n'a jamais été étudiée distinctement et les modèles et concepts disponibles à l'heure actuelle sur ce sujet sont insuffisants pour une application industrielle. Afin d'obtenir un aperçu global de la performance des colonnes à bulles utilisant des liquides non-newtoniens, les effets de toutes les propriétés rhéologiques de la phase liquide, et non pas l'effet d'un seul paramètre qu'est la viscosité, doivent être étudiés. Cette thèse vii est donc dédiée à l'étude de l'hydrodynamique des colonnes à bulles fonctionnant avec des liquides non-newtoniens possédant des propriétés rhéologiques variées. Le principe de fonctionnement, les aspects hydrodynamiques de base du réacteur à colonne à bulles, ainsi que les liquides non-newtoniens et leurs propriétés rhéologiques sont brièvement discutés dans les deux premiers chapitres de cette thèse. Le premier objectif de ce travail est de comprendre l'effet des propriétés rhéologiques du liquide sur les différents paramètres hydrodynamiques d'une colonne à bulles. À cet égard, l'effet de la rhéologie de la phase liquide sur l'hydrodynamique d'un réacteur à colonne à bulles à l'échelle pilote est largement étudiée en sélectionnant stratégiquement divers types de liquides. La rétention de gaz et ses variations radiales et axiales, le point de transition du régime opératoire et la taille des bulles sont évalués au moyen de deux sondes à fibre optiques fabriquées dans nos laboratoires, ainsi que plusieurs capteurs de pression. Afin de mieux comprendre l'effet de la rhéologie sur les paramètres hydrodynamiques de la phase gazeuse, plusieurs analyses en fonction du temps et des fréquences sont réalisées sur les signaux de fluctuations de pression. Les effets visqueux et élastiques simultanés des liquides non-newtoniens sont étudiés à l'aide d'une nouvelle approche basée sur les modules dynamiques des solutions viscoélastiques. Il a été trouvé que la viscosité du liquide favorise la coalescence des bulles, alors que son élasticité l'entrave, se comportant comme un solide à l'interface de deux bulles. La présence d'élasticité dans le liquide mène à la réduction de la longueur de corde moyenne des bulles et à l'augmentation de la rétention globale de gaz. Les résultats obtenus dans cette partie du travail sont primordiaux afin d'atteindre le second objectif, qui vise principalement à étudier localement les paramètres hydrodynamiques et à développer de nouvelles corrélations pour estimer la taille des bulles et la rétention de gaz dans les réacteurs à colonne à bulles utilisant des liquides non-newtoniens. Par conséquent, dans la deuxième partie de ce travail, les propriétés locales des bulles telles que leur fréquence, leur longueur de corde et leur vitesse d'ascension ainsi que leurs distributions radiales et axiales, sont évaluées à l'aide de deux sondes à fibres optiques placées à des endroits différents dans le réacteur à colonne à bulles opéré avec différents liquides non-newtoniens. Il a été observé que le profil radial de la fréquence des bulles, de leur longueur de corde et de leur vitesse d'ascension sont relativement plats à basse vitesse superficielle de gaz, mais deviennent paraboliques lorsque la vitesse superficielle du gaz augmente. En outre, à l'aide d'une analyse adimensionnelle, deux corrélations ont été développées afin de prédire la taille des bulles et la rétention de gaz dans les colonnes à bulles opérées avec des liquides non-newtoniens. Ces viii deux nouvelles corrélations sont capables de prédire correctement la taille des bulles et la rétention de gaz au sein des colonnes à bulle, à l'aide du rapport entre modules dynamiques des solutions viscoélastiques. Une variété de procédés industriels tels que la synthèse de Fischer-Tropsch, la synthèse du méthanol, l'oxydation partielle de l'éthylène, l'hydrocraquage des résidus lourds, et l'hydroformylation utilise des colonnes à bulles, mais à haute pression. Par le passé, il a été découvert que la pression d'opération a un effet significatif sur les caractéristiques hydrodynamiques des colonnes à bulles. Par exemple, une augmentation de la pression opératoire conduit normalement à la formation de plus petites bulles au niveau du distributeur de gaz. Bien que l'étude des effets de la pression dans les colonnes à bulles ait fait l'objet de certains travaux de recherche, de nombreuses zones restent à éclairer et il existe encore un grand intérêt des chercheurs et des concepteurs de réacteurs à conduire des études approfondies afin d'élucider l'influence de la pression d'opération sur les différents aspects de l'hydrodynamique et, en conséquence, sur la performance de réacteurs à colonne à bulles. Afin d'optimiser les procédés industriels cités ci-dessus, il est indispensable d'avoir une compréhension complète de l'effet de la pression d'opération sur la cinétique chimique, les propriétés du liquide (viscosité et tension superficielle), le régime d'écoulement de liquide, la dynamique des bulles (taille des bulles, forme de la bulle, éclatement et taux de coalescence, vitesse d'ascension) et le taux de transfert de chaleur et de masse. Par conséquent, le dernier objectif de ce travail est consacré à étudier l'effet de la pression d'opération sur l'hydrodynamique de la colonne à bulles et en présence de liquides non-newtoniens. A cet effet, un ensemble de réacteurs à haute pression/ haute température, dont une colonne à bulles et un réacteur à lit fluidisé ont été conçus et construits. En plus des réacteurs en tant que tels, cette installation inclus différents équipements tels que des compresseurs, des cylindres de stockage de gaz à haute pression, des éléments chauffants, un réservoir d'alimentation de liquide, une pompe centrifuge pour liquide, des séparateurs gaz-liquide, une unité de contrôle, un système d'acquisition de données, etc. Cette installation expérimentale sera introduite plus en détails au Chapitre 5. Au sein de cette installation et à l'aide de mesures de signaux de pression différentiels et dynamiques, divers caractéristiques hydrodynamiques des colonnes à bulles, comme la rétention totale du gaz et sa distribution axiale, le point de transition de régime d'écoulement, les fluctuations de pression et son écart-type, ont été étudiées. La vitesse superficielle du gaz a été variée de 1 à 35 (cm s-1) couvrant les deux régimes ix d'écoulement, homogène et hétérogène. La pression de fonctionnement a également été variée de 0.1 à 1 (MPa) pendant les expériences. Il a été étudié que la rétention totale de gaz augmente à la fois avec la pression opératoire et avec l'élasticité de la phase liquide ; l'impact de la pression est d'autant plus prononcé à de basses pressions d'opération. Il a également été identifié que l'augmentation de la pression d'opération conduit à un décalage du point de transition entre régimes hydrodynamiques à de plus haute vitesses de gaz superficielles. En conclusion, il a été prouvé que non seulement la rhéologie de la phase liquide, mais également la pression d'opération, ont un effet important sur l'hydrodynamique des réacteurs à colonnes à bulles. Les connaissances scientifiques développées dans ce travail peuvent ainsi aider les industriels à mieux décrire les phénomènes présents dans les colonnes bulles utilisant des liquides non-newtoniens très visqueux et des pressions élevées, ce qui leur permettrait une conception, exploitation et mise à l'échelle plus avisée et performante des réacteurs à colonne à bulles commerciaux.
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