Thèse de doctorat (2013)
Résumé
Les civilisations modernes sont dépendantes des technologies de l'information et des communications. Par ce fait, elles requièrent une alimentation constante en électricité pour assurer leur prospérité. Un siècle de travaux acharnés par des ingénieurs en électronique de puissance permet de garantir la fiabilité des réseaux électriques. Un des outils pour arriver à cette fin est une augmentation de l'automatisation et du contrôle à distance des réseaux électriques. Cette technologie permet aux contrôleurs qui opèrent le réseau électrique d'ajuster automatiquement des paramètres opérationnels pour faire face aux contraintes extérieures au fur et à mesure que ces contraintes évoluent. Par exemple, une augmentation de la demande suite à une vague de froid va automatiquement entraîner une augmentation de l'approvisionnement par l'envoi de commandes à distance pour ouvrir les vannes à la centrale hydroélectrique et faire tourner les turbines plus rapidement. Ceci garanti que le réseau électrique fonctionne toujours à pleine capacité et livre l'énergie électrique avec fiabilité, sans égard aux conditions externes. Paradoxalement, les gains offerts par les systèmes automatisés ont introduit un risque jusqu'alors inconnu à la fiabilité du réseau électrique : les cyber attaques. Pour permettre l'automatisation, les opérateurs de réseaux électriques se sont tournés vers la technologie d'acquisition de données et de supervision, mieux connu sous le nom de système SCADA. De nos jours, la technologie SCADA se base sur du matériel et des logiciels commerciaux comme les communications TCP/IP via Ethernet ou comme le système d'exploitation Windows. Ceci permet aux entités malicieuses de faire usage de leur savoir concernant les techniques offensives qu'ils ont développé pour attaquer les systèmes traditionnels faisant usage de ces technologies. La majorité de ces entités sont des menaces diffuses cherchant principalement à acquérir de la capacité de stockage servant à héberger du contenu illégal, du temps machine pour envoyer du spam ou des mots de passe pour permettre la fraude. Cet objectif est plus facile à atteindre en attaquant des ordinateurs personnels plutôt que des machines d'un réseau SCADA. Toutefois, certains acteurs ciblent délibérément les réseaux SCADA puisque ceux-ci ont le potentiel de causer des dégâts dans le monde physique. Ces acteurs recherchent agressivement les vulnérabilités et persévèrent dans leurs attaques, même face à une amélioration de la capacité défensive du réseau. Ces acteurs se font affubler le qualificatif de menaces persistantes avancées ou APTs. À cause de cette volonté de cibler un réseau spécifique, il est plus difficile de détourner ces attaquants vers d'autres victimes. Si nous souhaitons empêcher ces APTs de s'attaquer aux réseaux SCADA qui contrôlent l'infrastructure critique, nous devons élaborer une stratégie qui ne repose pas sur la réduction complète des vulnérabilités. Un bon nombre de contraintes opérationnelles, comme le mode d'opération 24/7 qui rend la tenue de périodes de maintenance difficile, garantissent qu'il y aura toujours au moins une vulnérabilité potentiellement exploitable par un attaquant. Dans ce contexte, l'objectif de ce projet de recherche est d'aider les opérateurs de réseaux électriques à défendre leur réseau SCADA contre les menaces persistantes avancées. Pour atteindre cet objectif, nous visons à mieux comprendre comment le comportement des menaces persistantes avancées se manifeste dans un réseau SCADA et à développer, en se basant sur des preuves expérimentales, de nouveaux outils et techniques pour se défendre contre les comportements attendus. En analysant les travaux antérieurs, on reconnaît que la vraie nature d'un réseau SCADA est de servir de boucle de contrôle pour le réseau électrique. Une conséquence directe est que tout attaquant qui obtient accès au réseau SCADA peut altérer l'état du réseau électrique à sa guise. Si un APT voudrait poursuivre ce but, la recherche actuelle en sécurité des réseau SCADA ne parviendrait pas à prévenir cette attaque puisqu'elle n'est pas orientée vers stopper les attaquants hautement qualifiés. Ceci rend les réseaux SCADA invitants pour les états engagés dans une compétition agressive. Malgré cela, aucun cyber incident majeur causant des dégâts physiques n'est répertorié à ce jour. En se basant sur cette observation, nous avons développé un modèle d'attaque pour le comportement d'un APT dans un réseau SCADA qui n'implique pas nécessairement des dommages massifs dans le monde physique. Ainsi, nous avons introduit le scénario d'attaque par trou d'aiguilles, notre première contribution majeure, dans lequel un attaquant cause de petits dégâts qui s'accumulent sur une longue période pour éviter d'être détecté. À partir de ce scénario, nous avons développé une stratégie consistant à augmenter la capacité de surveillance, c'est-à-dire de renforcer la puissance de la détection, pour prévenir l'utilisation de ce scénario d'attaque par les APTs. En se basant sur notre intuition que la détection d'intrusion par anomalie sera particulièrement efficace dans le contexte hautement régulier d'un réseau SCADA, l'utilisation de cette technique est favorisée. Pour tester les capacités de notre détecteur, nous devons adresser le problème du manque d'infrastructures expérimentales adaptées à la recherche en sécurité des réseaux SCADA. Une revue de la littérature montre que les approches expérimentales courantes ne sont pas appropriées pour générer des données réseau avec une haute fidélité. Pour résoudre ce problème, nous avons introduit le concept du Carré de sable ICS, notre deuxième contribution majeure, qui utilise une approche hybride combinant la haute fidélité des résultats de l'émulation et le facteur d'échelle et le faible coût de la simulation pour créer un montage expérimental capable de produire des données réseau de haute fidélité, adaptées à l'usage expérimental. Finalement, nous avons été en mesure de tester une implémentation d'un système de détection d'intrusion par anomalies, notre troisième contribution majeure, en utilisant le Carré de sable ICS. En utilisant des caractéristiques simples, il est possible de détecter du trafic de commandement et contrôle dans un réseau SCADA, ce qui force les attaquant à utiliser pour leurs opérations routinières de maintenance de complexes canaux cachés dont la bande passante est limitée. Ceci atteste de la validité de notre intuition selon laquelle la détection par anomalie est particulièrement efficace dans les réseaux SCADA, revitalisant par le fait même une technique de défense qui a longtemps été délaissée à cause de sa piètre performance dans les réseaux corporatifs typiques. La somme de ces contributions représente une amélioration significative de l'état de la défense des réseaux SCADA contre les menaces persistantes avancées, incluant les menaces en provenance des services de renseignement étatiques. Ceci contribue à une augmentation de la fiabilité des infrastructure critiques, et des réseaux électriques en particulier, face à un intérêt grandissant de la part des cyber attaquants.
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