Thèse de doctorat (2025)
Résumé
«L’autopartage est largement promu comme une stratégie permettant de réduire les impacts environnementaux du transport urbain. Pourtant, les études empiriques et de modélisation rapportent des résultats très divergents : certaines mettent en évidence des réductions substantielles des émissions, tandis que d’autres observent des bénéfices limités, voire une augmentation des déplacements motorisés. Cette divergence s’explique par le fait que la performance environnementale de l’autopartage dépend de plusieurs déterminants opérant à différentes échelles et difficiles à dissocier analytiquement. Ces déterminants incluent la manière dont l’accès à l’autopartage modifie la demande de mobilité selon les groupes d’usagers, la façon dont les impacts de fabrication et de fin de vie des véhicules sont répartis sur le service de mobilité rendu, ainsi que la capacité physique des flottes partagées à répondre à la demande dans la structure spatiale et temporelle des déplacements réels. Si les évaluations de cycle de vie intégrées à des modèles de transport peuvent, en principe, représenter simultanément ces mécanismes, elles tendent souvent à en masquer les contributions individuelles, ce qui complique l’interprétation des différences de résultats entre contextes et études. Cette thèse adopte une perspective de cycle de vie fondée sur les déterminants afin de clarifier dans quelles conditions l’autopartage génère des bénéfices environnementaux, pour quels usagers ces effets se produisent, et pourquoi ils peuvent ne pas se matérialiser en pratique. Plutôt que de proposer un modèle intégré unique, la thèse analyse séparément, sous des hypothèses contrôlées, la composition comportementale et la structure d’adoption, l’efficacité matérielle et la faisabilité opérationnelle, puis en synthétise les implications. Cette structure vise à compléter les évaluations intégrées en explicitant les déterminants qu’elles doivent représenter et les conditions dans lesquelles leurs résultats peuvent être interprétés. La thèse est organisée en trois études empiriques. Le Chapitre 3 examine les implications environnementales des réponses comportementales à l’autopartage et la manière dont la composition des adopteurs et la structure d’adoption façonnent les résultats environnementaux à l’échelle du système. Il s’inscrit dans l’approche dominante de la littérature en appliquant des élasticités comportementales issues d’études empiriques, mais l’étend à une population synthétique basée sur les activités de la grande région de Montréal, avec une résolution spatiale explicite et une comptabilité complète des impacts sur le cycle de vie. Les ajustements de mobilité issus de la littérature sont appliqués comme scénarios à deux catégories d’adopteurs : les individus disposant d’un accès intermittent à un véhicule du ménage et ceux sans accès à une voiture privée. L’adoption est modélisée comme un processus de montée en charge structuré plutôt que comme un choix binaire, ce qui permet de suivre l’évolution des émissions à l’échelle du système selon différents ordres d’adoption et contextes spatiaux. Les résultats montrent que les impacts environnementaux dépendent principalement de l’identité des adopteurs et de la séquence d’adoption. L’adoption par les usagers occasionnels de la voiture réduit de manière cohérente les empreintes carbone sur le cycle de vie par substitution des déplacements en voiture privée, tandis que l’adoption par des usagers sans accès préalable à une voiture augmente les émissions en raison d’un surcroît de déplacements motorisés, même lorsque les flottes partagées sont électrifiées. Une adoption aléatoire produit des trajectoires quasi linéaires, tandis qu’une adoption structurée selon la demande de déplacement et la densité résidentielle génère des réponses agrégées non linéaires. Ces résultats montrent que les évaluations moyennes par usager sont insuffisantes pour l’interprétation à l’échelle du système et que la structure d’adoption constitue une hypothèse critique, souvent implicite, des évaluations à grande échelle.»
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