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Étude exploratoire des pratiques de contrôle des énergies dangereuses dans le secteur de la construction au Québec

Ayoub Nokra

Masters thesis (2020)

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Cite this document: Nokra, A. (2020). Étude exploratoire des pratiques de contrôle des énergies dangereuses dans le secteur de la construction au Québec (Masters thesis, Polytechnique Montréal). Retrieved from https://publications.polymtl.ca/5534/
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Abstract

RÉSUMÉ : Le nombre élevé d’accidents mortels liés aux problèmes de contrôle des énergies dans le secteur de la construction au Québec et partout dans le monde est alarmant. Au Québec, le Code de sécurité pour les travaux de construction (CSTC) a connu un changement en 2016 afin d’ajouter certaines exigences réglementaires qui concernent le contrôle des énergies dangereuses dans ce secteur. Ces exigences ont été fondées sur la norme canadienne CSA-Z460-13 et elles sont équivalentes à celles du règlement sur la santé et la sécurité du travail (RSST). L’ampleur des accidents causés par des problèmes de contrôle des énergies dangereuses enregistrés dans ce secteur au Québec et les ajouts réglementaires récents au CSTC, ont initié cette étude dans l’optique de répondre aux questions de recherche suivantes : - Quels sont les types et les causes des accidents graves liés aux problèmes de maîtrise des énergies dans le secteur de la construction? - Comment la pratique de contrôle des énergies dans le secteur de la construction au Québec est-elle organisée? - Quelles sont les contraintes et les difficultés liées au contrôle des énergies, rencontrées par les travailleurs dans cette industrie au Québec? - Comment peut-on améliorer la pratique de cadenassage dans l’industrie de la construction au Québec? Ces questions partent de l’hypothèse qui stipule que le contrôle des énergies dangereuses dans le secteur de la construction est assujetti à des contraintes spécifiques qui le distinguent des autres secteurs d’activités. Pour répondre à ces questions, une méthodologie composée de trois grandes parties a été adoptée. La première partie a consisté à analyser la revue de littérature des études antérieures qui ont abordé le contrôle des énergies dans le secteur de la construction et dans d’autres types d’industries. La deuxième partie a consisté à analyser les rapports d’enquête d’accidents graves et mortels causés par des problèmes de contrôle des énergies dangereuses dans le secteur de la construction au Québec entre 1990-2017. Ces rapports d’enquête sont issus de la base de données de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Sur un total de 1 646 rapports en 2018, 30 rapports d’enquêtes en lien avec la problématique ciblée ont été sélectionnés. Les principaux résultats issus de l’analyse qualitative de ces rapports d’enquête sont : - 27 décès et 5 blessés graves ont été recensés sur la période 1990-2017. - Les travailleurs qui œuvrent dans le domaine électrique représentent la moitié de l’échantillon. Les électriciens sont la première catégorie de travailleurs pour le secteur résidentiel, commercial et industriel. - 66 % des accidents ont été causés par un contact direct ou indirect avec une pièce sous tension. L’autre tiers des accidents a été dû au contact avec une pièce en mouvement.- Gestion déficiente sur les chantiers : ✓ Aucune procédure générale ou spécifique n’a été appliquée dans 90 % des cas. ✓ La formation des travailleurs sur le cadenassage et le contrôle des énergies n’a été enregistrée que dans quatre entreprises sur les 30. La troisième partie de la méthodologie a consisté à explorer le contrôle des énergies dans le secteur de la construction au Québec en réalisant 38 entrevues semi-dirigées entre mai 2018 et décembre 2019. Ces entrevues ont été menées en utilisant un questionnaire validé, abordant principalement le statut des participants, les types de travaux réalisés, les formations reçues sur le cadenassage, l’organisation du cadenassage sur les chantiers et leurs expériences dans la pratique du cadenassage. Cette étude a pris en compte quatre corps de métiers, à savoir : les électriciens, les frigoristes, les mécaniciens et les tuyauteurs. Les participants ont pu partager 95 expériences en lien avec le contrôle des énergies dangereuses sur divers types de chantiers (c-à-d, résidentiel, commercial/institutionnel et industriel). L’analyse de ces résultats a permis d’identifier et de documenter les facteurs qui ont une influence sur la pratique du cadenassage dans ce secteur, tels que : le type de chantier, le corps de métier, la conviction du travailleur, le niveau de supervision, le niveau d’exigence du maître d’œuvre, la coactivité, le type d’intervention, le niveau de risque, etc. Bien que 89 % des participants aient suivi au moins une formation spécifique sur le cadenassage, seulement 18 % des participants étaient au fait de la mise à jour du CSTC concernant le contrôle des énergies dangereuses. Seuls 29 % des participants ont constaté un changement dans la pratique du contrôle des énergies au cours de leurs interventions suite aux changements réglementaires. L’application du cadenassage diffère d’un type de chantier à un autre. Cette différence est due en premier lieu à la responsabilisation du maître d’œuvre (MO). Dans 80 % des expériences décrites pour les chantiers industriels, la méthode adoptée pour le contrôle des énergies est le cadenassage. La responsabilisation du MO étant bien définie sur ces chantiers, les obligations du CSTC sont respectées comparativement aux chantiers résidentiels et aux petits chantiers commerciaux/institutionnels. Pour ces derniers chantiers, la détermination du MO est problématique, et par conséquent, l’attribution des rôles et des responsabilités associées reste ambigüe (ex. fourniture du matériel de cadenassage). Dans ce contexte, le travailleur décide de la méthode de contrôle des énergies qui, selon lui, est adaptée à sa situation. Selon, les données recueillies, le cadenassage est la méthode choisie dans seulement 25% des cas sur ce type de chantiers. Sur les chantiers résidentiels et les petits chantiers commerciaux/institutionnels, le contrôle des énergies se limite souvent à la mise hors tension et la vérification d’absence d’énergie ou le travail sous tension. Le recours à d’autres méthodes que le cadenassage pour le contrôle des énergies n’est pas assujetti à une analyse des risques tel qu’il est stipulé dans le CSTC. Les participants ont abordé plusieurs facteurs qui influencent leurs décisions quant au choix de la méthode appropriée pour contrôler les énergies, à savoir : - Exigences du MO : Plus le niveau de supervision et le niveau d’exigence sont élevés plus les travailleurs ont tendance à utiliser le cadenassage. - Planification préalable : Plus les travaux sont bien planifiés, plus le cadenassage fait partie de la tâche. Cela inclut la disponibilité du matériel pour le contrôle des énergies. - Durée d’intervention : Plus les travaux sont de longues durées, plus les travailleurs recourent au cadenassage. - Types d’énergie : La gravité des blessures en cas d’accident (ex. haute tension, vapeur, produits chimiques) est un incitatif à recourir à une méthode de contrôle structurée. - Expérience du travail : La conviction, la perception des risques, les connaissances et les expériences en lien avec le contrôle des énergies influencent le niveau d‘acceptabilité du risque pour l’intervenant. - Coactivité : Les interventions dans le cadre de la coactivité sont incitatifs à un contrôle structuré des énergies (ex. cadenassage). Les résultats de cette étude exploratoire ont permis de proposer plusieurs recommandations d’ordre organisationnel (c.-à-d. planification, formation, matériel de cadenassage, procédure de cadenassage, appréciation des risques) et des recommandations spécifiques à chaque corps de métier (c.-à-d. conception, dispositifs de coupure des énergies, etc.). Finalement, le CSTC ne semble pas totalement adapté à la réalité du travail sur l’ensemble des types de chantiers au Québec. Ce code, tel qu’il a été précité, est calqué sur le RSST. Ce dernier aborde le contrôle des énergies dangereuses d’une façon standard notamment pour l’industrie manufacturière et, par conséquent, les spécificités du secteur de la construction n’ont pas été prises en considération. Cela rend l’application du CSTC difficile sur les chantiers moins structurés. Les entrevues avec les quatre corps de métiers nous ont d’ailleurs permis de confirmer la difficulté d’application de ce code sur le terrain, spécifiquement dans les chantiers résidentiels et commerciaux/institutionnels. Les spécificités de ce secteur ainsi que les recommandations susmentionnées devraient être prises en compte dans le CSTC afin de faciliter son application sur le terrain. Il est à mentionner que cette étude est la première en son genre à explorer le cadenassage dans le secteur de la construction au Québec.----------ABSTRACT : The high number of fatal accidents linked to energy control problems in the construction sector in Quebec and around the world is alarming. In Quebec, the Safety Code for the construction industry (CSTC) underwent a change in 2016 to add certain regulatory requirements concerning the control of hazardous energies in this sector. These requirements were based on the Canadian standard CSA-Z460-13 and they are equivalent to those of the Regulation respecting occupational health and safety (RSST). The scale of accidents caused by dangerous energy control problems recorded in this sector in Quebec and recent regulatory additions to the CSTC concerning lockout, initiated this study with the aim of answering the following research questions : - What are the types and the causes of serious accidents linked to energy control problems? - How the practice of energy control in the construction sector is organized in Quebec? - What are the constraints and difficulties related to energy control encountered by workers in this industry in Quebec? - How can we improve the practice of lockout in the construction industry in Quebec? These questions start from the assumption that the control of hazardous energy in the construction sector is subject to specific constraints that distinguish it from other sectors of activity. To answer these questions, a methodology composed of three main parts was adopted. The first part consisted of analyzing the literature review of previous studies which addressed the control of energies in the construction sector and in other types of industries. The second part consisted in analyzing the serious and fatal accident investigation reports caused by problems related to the control of hazardous energies in Quebec for the period 1990-2017. These investigation reports come from the database of the Commission des normes, de l'équité de la santé et de sécurité au travail (CNESST). Out of a total of 1,646 reports in 2018, 30 investigation reports related to the targeted issue were selected. The main results from the qualitative analysis of the investigation reports are: - 27 deaths and 5 serious injuries were recorded over the period 1990-2017. - Workers working in the electrical field represent half of the sample. Electricians are the first category of workers for the residential, commercial and industrial sector. - 66% of accidents were caused by direct or indirect contact with a live part. The other third of accidents were due to contact with a moving part. - Poor management on construction worksites : ✓ No general or specific procedure was applied in 90% of cases. ✓ Worker’s training on lockout and energy control was only recorded in four of the 30 companies.The third part of the methodology consisted in exploring the control of energy in the construction sector in Quebec by carrying out 38 semi-structured interviews between May 2018 and December 2019. These interviews were conducted using a validated questionnaire, mainly addressing the status of participants, the types of work carried out, the training received on lockout, the organization of lockout on construction worksites and their experiences in the practice of lockout. This study considered four trades, namely : electricians, refrigerationists, mechanics and pipefitters. The participants were able to share 95 experiences related to the control of hazardous energies in various types of construction worksites (residential, commercial / institutional and industrial). The analysis of these results made it possible to identify and document the factors that have an influence on the practice of lockout in this sector, such as: the type of worksite, the trade, the conviction of the worker, the level of supervision, the level of requirement of the main contractor, co-activity, type of intervention, level of risk Although 89% of the participants took at least one specific training on lockout, only 18% of the participants were aware of the CSTC update concerning the control of hazardous energies. Only 29% of participants noticed a change in the practice of energy control during their interventions following regulatory changes. The application of lockout differs from one type of worksite to another. This difference is due, firstly, to the responsibility of the main contractor. In 80% of the experiments described for industrial worksites, the method adopted for energy control is lockout. The responsibility of the main contractor is well defined in these worksites, the obligations of the CSTC are more respected compared to residential worksites and small commercial/institutional worksites. For these latter worksites, determining the main contractor is problematic, and therefore, the allocation of roles and associated responsibilities, remains ambiguous (e.g. the supply of lockout equipment). In this context, the worker decides on the method of energy control which, according to him, is suitable for his situation. According to the data collected, lockout is the method chosen in only 25% of cases on this type of worksites. On residential and small commercial/institutional worksites, the control of energies is often limited to turning off the power and checking for no power or working undervoltage. The use of methods other than lockout for energy control is not subjected to a risk analysis as stipulated in the CSTC. Participants discussed several factors that influence their decisions about choosing the appropriate method to control energies, namely : - Main contractor requirements : The higher the level of supervision and the level of requirement, the more workers tend to lockout. - Advance planning : The more well the work is planned in advance, the more lockout is part of the task. This includes the availability of equipment for the control of - Duration of intervention : The longer the work lasts, the more workers use lockout. - Types of energy : The severity of injuries in case of accident (e.g. high voltage, steam, chemicals) s an incentive to use a structured control method. - Work experience : Conviction, risk perception, knowledge and experience in energy control influence the level of risk acceptable to the worker. - Co-activity : Interventions within the framework of dependent co-activity are incentives for structured control of energies (e.g. lockout). The results of this exploratory study allowed us to propose several organizational recommendations (design, planning, training of lockout equipment, lockout procedure, risk assessment) and recommendations depending on each trade and each type of worksite. Finally, The CSTC does not seem fully adapted to the reality of work on all types of construction worksites in Quebec. This code, as mentioned above, is modeled on the Regulation respecting occupational health and safety (RSST). The latter approaches the control of hazardous energies in a standard way, particularly for the manufacturing industry and, therefore, the specificities of the construction sector have not been considered. This makes the application of the CSTC difficult in less structured worksites. Interviews with the four trades enabled us to confirm the difficulty of applying this code in the field, specifically in residential and commercial/institutional worksites. The specificities of this sector as well as the aforementioned recommendations must be considered in the CSTC in order to facilitate its application in the field. It should be mentioned that this study is the first of its kind to explore lockout in the construction sector in Quebec.

Open Access document in PolyPublie
Department: Département de mathématiques et de génie industriel
Academic/Research Directors: Yuvin Adnarain Chinniah and Damien Burlet-Vienney
Date Deposited: 17 Jun 2021 11:59
Last Modified: 17 Jun 2021 11:59
PolyPublie URL: https://publications.polymtl.ca/5534/

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