Thèse de doctorat (2018)
Résumé
Les maladies musculo-squelettiques constituent un problème important dans la pratique orthopédique. Les pathologies méniscales font partie des blessures les plus fréquentes au genou de l'articulation fémorotibiale, ce qui pose un défi unique aux chirurgiens orthopédistes et constitue une source majeure d'invalidité dans le monde. Le ménisque est un tissu complexe fibrocartilagineux qui absorbe les chocs lorsque les forces sont transmises au compartiment articulaire. Le taux et la réussite de guérison sont limités par les caractéristiques des déchirures, l'état chronique ou aigu, le profil du patient et la stabilité des articulations. Les techniques et traitements actuels de guérison ne sont efficaces que pour les lésions des zones vasculaires externes du ménisque, tandis que la guérison des lésions dans les zones avasculaires internes du ménisque demeure difficile, en particulier dans les cas de déchirures complexes ou traumatiques et dégénératives. La méniscectomie arthroscopique est la chirurgie du genou là couramment effectuée. Elle génère souvent une instabilité fonctionnelle à long terme et finit par évoluer vers une arthrose précoce du genou. La guérison du ménisque et les allogreffes constituent un traitement alternatif à la méniscectomie. Le fardeau clinique et financier important de l'arthrose pousse les scientifiques à étudier des stratégies d'augmentation et de régénération pour stimuler la réponse tissulaire du ménisque. Tout le processus de développement du produit, l'innocuité et l'efficacité des implants médicaux doivent être testés sur des modèles animaux précliniques avant l'application en clinique. Déterminer le modèle animal le plus approprié pour étudier les mécanismes et les processus de guérison du ménisque est essentiel. Ainsi, les grands modèles animaux qui reproduisent la fonction biomécanique, l'anatomie et la composition du ménisque humain sont intéressants et pertinents. Les ovins sont l'un des modèles bien établis d'évaluation préclinique des outils de remplacement et de guérison du ménisque. Mon objectif initial était d'effectuer une revue de la littérature portant sur les traitements actuels pour les lésions du ménisque, ainsi que les stratégies d'augmentation les plus courantes pour augmenter le taux de guérison du ménisque telles que la tréphination, l'abrasion synoviale, l'injection de plasma-riche en plaquettes (PRP) et l'enrobage à l'aide de matériaux de matrice extracellulaire. J'ai également discuté pourquoi des implants de chitosane et de composés sanguins autologues seraient en mesure d'améliorer la guérison du ménisque. Cette revue couvrant les algorithmes de traitement des lésions du ménisque m'a guidée vers une meilleure conception de mes recherches expérimentales au cours de mon doctorat. L'utilisation de PRP autologue a été proposée pour des applications cliniques potentielles, en raison de sa simplicité d'isolation et de sa disponibilité. Le chitosane possède des effets thérapeutiques bénéfiques dans le contexte de pathologies orthopédiques. Des essais comparatifs randomisés et contrôlés sont nécessaires dans le domaine de la guérison du ménisque pour améliorer les symptômes chez les patients, la fonction articulaire et la qualité de vie. Il a été démontré que les formulations lyophilisées de chitosane (CS) pouvant être solubilisées dans du PRP améliorent la guérison du cartilage et de la coiffe des rotateurs dans des modèles animaux précliniques. Ces études m'ont motivé et m'ont amené à évaluer les mécanismes d'action et le processus de guérison induits par le chitosane-PRP dans un contexte de guérison des ménisques. Nos études in vivo nous ont permis d'affiner le modèle de mouton afin de se rapprocher de l'état pathologique de la maladie articulaire chez l'homme. Nous avons découvert qu'augmenter la guérison du ménisque en utilisant des implants hybrides chitosan-PRP en combinaison avec des sutures, la tréphination et l'abrasion est bénéfique et sans danger pour les traitements des anomalies méniscales complexes, ce qui pourrait prévenir l'apparition précoce de l'arthrose à long terme. Cependant, des travaux futurs sont nécessaires pour améliorer davantage les propriétés régénératrices, comprendre les mécanismes en jeu et évaluer l'effet des implants à long terme. Nous avons effectué une observation clinique, évalué la rétention des implants, une évaluation microscopique et macroscopique du ménisque, de la membrane synoviale et du cartilage et avons effectué une cartographie électromécanique des surfaces du cartilage articulaire, à 3 semaines, 6 semaines et 3 mois après la chirurgie. Nos hypothèses de départ pour ces études pilotes de faisabilité étaient les suivantes : 1) La réparation du ménisque serait améliorée par l'application de CS-PRP aux lésions, mais pas par l'application de PRP uniquement ; 2) Que la guérison seraient améliorés en utilisant des implants CS-PRP en conjonction avec la technique d'enrobage par rapport aux implants CS-PRP injectés dans le site de la lésion ou en enrobant seulement. Nous avons constaté que le modèle de lésion unilatérale permettait aux animaux de protéger le genou traité contre la mise en charge postopératoire et d'améliorer le taux de réussite de 25 à 50% par rapport au modèle bilatéral. Les brebis boitaient de façon intermittente quelques semaines après le traitement, peu importe lequel. Les implants de chitosane-PRP résidaient en partie dans les lésions et les canaux de tréphination un jour après la chirurgie. Les lésions étaient visibles macroscopiquement au moment de la nécropsie à 1 jour, 3, 6 semaines et 3 mois et les bords des lésions étaient généralement bien apposés. Un tissu de guérison rougeâtre et des signes de néovascularisation étaient visibles dans les genoux traités au chitosane-PRP à 6 semaines et à 3 mois et les hybrides induisaient le recrutement cellulaire de la périphérie vascularisée du ménisque vers les canaux de tréphination. Une intégration partielle et totale entre le tissu de guérison et le tissu méniscal d'origine a été réalisée dans ces genoux traités. De plus, les implants CS-PRP ont été bien tolérés dans l'environnement du genou et aucune preuve d'effet indésirable n'a été observée pendant la période de suivi. L'ajout d'une technique d'enrobage utilisant la matrice de membrane de collagène Chondro-Gide en conjonction avec des implants CS-PRP ou avec du PRP seul n'a pas amélioré la guérison. En résumé, nos données suggèrent que les implants de chitosane-PRP pourraient à eux seuls résoudre efficacement les limitations actuelles de la guérison du ménisque et posséderaient un potentiel plus grand que le PRP seul pour améliorer les résultats de la guérison et restaurer la fonction du ménisque. Notre troisième objectif était d'évaluer 1) La compatibilité des formulations de chitosane lyophilisées avec différents types de systèmes PRP commercialisés, et 2) De définir une gamme de degrés de désacétylation du chitosan (DDA) et le poids moléculaire moyen en nombre (Mn) qui produiraient des formulations lyophilisées avec des caractéristiques de performance satisfaisantes pour applications orthopédiques. Nos hypothèses de départ étaient les suivantes : 1) Les formulations de chitosan devraient être facilement solubles dans les PRPs du commerce, présenter des propriétés visqueuses et coaguler en temps voulu pour produire des caillots de chitosan-PRP hybrides homogènes qui résistent à la rétraction et sont forts mécaniquement, et 2). Bien que les différents systèmes de préparation de PRP produiraient des PRP ayant des propriétés variables, toutes les préparations de PRP seraient compatibles avec cette technologie. Des formulations contenant 1% m/v de CS, 1% m/v de tréhalose (lyoprotecteur), 42,2 mM de CaCl2 (activateur de la coagulation) ont été préparées avec cinq chitosanes différents. Sept préparations différentes de PRP ont été utilisées pour solubiliser les formulations, notamment : 1) Arthrex Angel fixé à 2% d'hématocrite, 2) Arthrex Angel fixé à 7% d'hématocrite, 3) Harvest SmartPrep 2, 4) RegenLab RegenKit-BCT, 5) RegenLab RegenKit- THT, 6) système de double seringue Arthrex ACP, et 7) système ACE EZ-PRP. La performance des formulations de chitosane-PRP ont été évaluées via la solubilité, le pH et l'osmolalité, les propriétés de coagulation avec la thromboélastographie, les propriétés de coagulation avec une méthode Lee-White modifiée, la viscosité, l'expression des liquides, la résistance mécanique du caillot et l'homogénéité du caillot. L'évaluation macroscopique des formulations lyophilisées a montré qu'elles étaient toutes blanches, homogènes et légèrement rétractées des parois de la fiole après la lyophilisation. Les formulations lyophilisées ont facilement pû être solubilisées avec toutes les préparations de PRP. Les formulations de CS-PRP étaient plus visqueuses que leurs contrôles de PRP, ce qui est attrayant pour une une injection in vivo. Dans le test de coagulation statique, tous les contrôles PRP coagulaient, exprimaient du sérum, se rétractaient et perdaient leur masse de manière significative, tandis que les caillots CS-PRP résistaient à la rétraction du caillot induite par les plaquettes. Les résultats histologiques ont révélé que la dispersion de CS était homogène dans les caillots de CS-PRP. Notre quatrième objectif était d'optimiser et de réduire de 3 à 1 ou 2 jours le cycle de lyophilisation (FD) traditionnellement utilisé dans notre laboratoire, et d'évaluer les performances du produit avec du PRP humain et du plasma commercial. Nos hypothèses de départ étaient les suivantes : 1) Le cycle de lyophilisation des formulations CS peut être optimisé pour minimiser le temps de lyophilisation global de 3 à 1-2 jours afin de produire des formulations lyophilisées stables, 2) Les formulations lyophilisées préparés avec le cycle de lyophylisation plus court seraient solubles dans le PRP humain, seraient visqueuses et coaguleraient rapidement pour produire des caillots hybrides homogènes forts mécaniquement. 3) Du plasma citraté commercial peut être utilisé pour évaluer les performances de la formulation. Des formulations contenant 1% m/v de chitosane DDA 82-84% Mn 45-55 kDa avec 1% m/v de tréhalose et 42,2 mM de CaCl2 ont été préparées pour lyophilisation. La même méthodologie que celle décrite ci-dessus a été utilisée pour évaluer la performance des formulstions lyophilisés. Les formulations lyophilisées ont été solubilisés soit dans du PRP humain citraté soit dans du plasma commercial pour évaluer différentes caractéristiques. Les formulations de CS-PRP étaient plus visqueuses que leurs contrôles de PRP et de plasma. La thromboélastographie a révélé que le temps de réaction du caillot était plus court pour les formulations de chitosane-PRP. De plus, les formulations de chitosane-PRP ont résisté à la rétraction du caillot induite par les plaquettes, tandis que les contrôles PRP ont perdu jusqu'à 80% de leur masse d'origine après coagulation. Les résultats histologiques ont montré que le chitosane était dispersé de manière homogène dans les caillots de CS-PRP. En résumé, nos études pilotes de faisabilité chez le mouton ont montré des résultats prometteurs pour la guérison des lésions complexes par injection de chitosan-PRP, qui pourraient potentiellement être utilisé chez l'homme dans l'avenir. Nous avons raffiné le modèle animal et montré que les animaux pouvaient supporter les implants pendant toute la durée de l'étude sans effet délétère sur le compartiment articulaire, ce qui suggère une innocuité. De plus, les formulations lyophilisées de chitosane se sont révélées compatibles avec plusieurs PRP isolés avec des systèmes commerciaux. Enfin, l'optimisation du cycle de lyophilisation de 3 à 1 jour a été réalisée avec succès et les formulations se sont comportées comme prévu lorsqu'elles étaient solubilisées dans du PRP ou du plasma.
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